Confinée… Contrariée…

Mais je n’ai de loin pas l’exclusivité de cet état d’âme !

Je pense à tous les pèlerins qui avaient prévu de prendre le Chemin pour la première fois. Ah, quelle rage de devoir remettre à plus tard, sans savoir quand rouvriront les frontières, les hébergements, les accueils, les cathédrales, quand on pourra se ménager à nouveau du temps dans son agenda. A ceux-là, je souhaite d’être patients, très patients, doublement patients ! Pour ne pas avoir à s’inquiéter de questions de sécurité sanitaire qui parasiteraient la beauté du Chemin. Et pour apprécier le Chemin dans ce qu’il a de meilleur.
Je pense à ceux qui ont fait des pieds et des mains, trouvé des solutions pour faire le Chemin, plutôt que des excuses pour ne pas s’y lancer. A commencer par surpasser les interrogations, les doutes, les craintes. A ceux-là je souhaite de garder intacte l’envie, plus forte que les aléas ou les alibis. La récompense n’en sera que plus belle, le moment venu.

Je pense à toutes celles et tous ceux qui avaient prévu de repartir. Sûr, ils sont aussi contrariés que les précédents, leur impatience étant celle des retrouvailles. Avec un avantage cependant : ayant goûté à la potion magique, ils sauront distinguer l’amertume particulière liée à la pandémie, du goûteux intrinsèque au pèlerinage. A eux je souhaite la sagesse de la patience et de la prudence.
Et puis je pense à ceux, dont je fais partie, qui se réjouissaient de (re)partir comme d’une étape particulière dans leur parcours de vie, la fin d’une épreuve, un rite de passage, de renaissance peut-être. Le deuil qu’on n’a pas pu vivre comme on voulait, la faute aux distances sanitaires, la maladie qu’on ne peut pas continuer à soigner, la faute aux cabinets fermés aux soins non urgents. Tous ceux pour qui, dans un étrange mélange de frénésie impuissante et d’étirement soporifique, le temps prend une autre dimension. La marge entre, d’un côté, le retardement de la convalescence ou de l’apaisement, et, de l’autre, le moratoire de la guérison ou les adieux, devient infime….
A ceux-là comme à moi-même, j’ai envie de dire : Comme les étoiles lors de journées radieuses, le Chemin est invisible dans cette période de ténèbres. Il n’en est pas moins toujours là. Et bientôt, au lieu de « Confinée… Contrariée… », je chanterai (si, si !) «Libérée… Délivrée… »

Catherine Magnin, Avril 2020

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