Jacques de Toulon, son gros sac et son bourdon - Un personnage qui nous a marqués - On est en mai 2000, au Puy-en-Velay, et nous sommes 4 décidés à marcher sur le Chemin de Compostelle jusqu’à Conques : Aline et Pierre, Murielle et moi-même, Bernard. Après avoir visité la ville et sa cathédrale, après être monté à St-Michel d’Aiguilhe, on apprend qu’il y a un accueil pour les futurs pèlerins à 18 h au 29 de la rue… dont je ne me rappelle plus le nom !

Nous sommes accueillis par Mme Rode, 86 ans, en pleine forme, qui nous raconte que c'est en 1971 que, avec un groupe d'amis, elle a commencé à baliser le "chemin". D'autres pèlerins entrent, on agrandit encore le cercle. Mme Rode et son amie nous offrent à boire, bières, jus de pommes, kyr, avec des biscuits. Mme Rode demande à chacun de donner sa motivation pour "faire" le chemin. Nous assistons à des témoignages poignants, particulièrement ceux de Catherine et de Stephan. On s'amuse aussi à entendre Jacques (de Toulon) raconter avec son accent chantant du midi tout ce qu'il a mis dans son sac qui pèse 23 kg !

Le lendemain, c'est de nouveau par le grand escalier que nous entrons dans la cathédrale. Une sœur nous invite à prendre place dans le chœur. L'évêque Henri est aussi assis là, incliné dans la prière et la méditation. A peine sommes-nous assis qu'une jeune sœur s'approche de Murielle et lui demande de bien vouloir lire l'Evangile aux Actes des Apôtres ! Sous l'éclairage et les caméras de la télévision japonaise ! Tout se passe très bien. La cérémonie est poignante, la bienveillance de l'évêque, le petit enfant de chœur...

Après l'Eucharistie, l'évêque invite l'assemblée à se déplacer près de la statue de St-Jacques, pour la bénédiction du pèlerinage. Mais tout d'abord il demande à chacun de se présenter et de dire jusqu'où il a prévu d'aller. Cette fois, c'est le vrai départ. Nous rejoignons le balisage au haut de la rue St-Jacques qui se prolonge un peu plus loin par la rue de Compostelle. En fin de journée, nous voilà en vue du but de notre première étape, St-Privat d’Allier. Au gîte, nous retrouvons Jacques, qui nous dit tout ce qu'il a souffert à cause de son gros sac lourd. Après la douche, on fait un tour du village. Nous soupons au restaurant qui se trouve à quelques pas du gîte. Il est tenu de main de maître par une jeune de 25 ans. Elle sait ce qu'elle veut et nous le proposer.

On se retrouve au réfectoire d'entrée du gîte à 7 h 30 pour le petit déjeuner. Le pain de St-Privat d'Allier est tellement bon qu'on exagère le nombre de tartines ! Jacques est prêt avant nous et, cette fois, il a bien compris. Il fait cadeau de sa peluche à la petite fille et d'une bonne partie de ses provisions au gardien du gîte. Le poids de son sac passe ainsi de 23 à 18 kg, ce qui est tout de même encore beaucoup! Il prend son bourdon qui pèse aussi 3 à 4 kg et s'en va le premier sur le chemin.

Après Monistrol, il y a une bonne montée. Voici des pèlerins, nous échangeons quelques paroles, ce sont des belges. Il est indiqué "Saugues, 2 ¼ heures". C'est là que nous retrouvons encore Jacques de Toulon, en train de remettre ses sandales !
Il se passe quelques jours et, depuis St-Marcel, c'est un chemin creux pierreux qui descend rapidement vers Conques. On ne voit le village et l'Abbaye Sainte-Foy que lorsqu'on y est! A l'Abbaye de Sainte-Foy, nous sommes accueillis chaleureusement par un frère qui nous offre une boisson chaude. Nous prenons nos quartiers dans le grand dortoir (une grande série de 3 lits superposés !). Près de nous, un sac connu, on ne s'y trompe pas, c'est celui de Jacques de Toulon ! Quelle bonne surprise ! A l'église, nous suivons les Vêpres, puis nous nous rendons au réfectoire pour le repas du soir. Nous retrouvons nos compagnons de pèlerinage, c'est très émouvant.

Le lendemain, après un petit déjeuner très convivial dans le même réfectoire, nous assistons à la messe et à la bénédiction des pèlerins qui quittent Conques ce matin-là. Parmi eux, il y a entre autres Jacques, mais lui, il est déjà parti. Il y a Tony et son copain, il y a surtout nos amis les Flamands, et ce sont les yeux pleins de larmes que nous leur souhaitons un bon chemin. Cela signifie aussi que nous sommes tristes de nous arrêter là !
Et, bien quelque temps plus tard, Aline et Pierre ont reçu une carte de notre ami Jacques. Il ne s’était pas contenté de marcher jusqu’à Santiago de Compostela, il était rentré à pied jusqu’à Toulon !

Murielle et Bernard Favre, Couple
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