Pyrénées

Je monte
La terre se dépouille
Encore
Quelques champs violets et roses
Quelques granges serrées
Encore
Quelques arolles fiers
Quelques chants
Encore
Quelques piétinements de bêtes
Quelques fontaines de bois clair
Je monte
Encore quelques pierriers immobiles
Quelques blocs posés
Encore
Quelques torrents qui pleurent
Quelques névés froids
Je monte
Ne reste que le roc
Qui tend au ciel
Et moi
Dans l’ossature du silence

Le couteau, la main et le pain

Couper le pain
N’importe où
Sur le sentier
Sur un sentier

En particulier
En main
Tenir la tranche qui vit
Arrêter ses pas
Les suspendre
Assis sur cette pierre
Ouvrir ses yeux
Voir la beauté du monde
La voir
Oui
Le temps d’une tranche
Mordre
Respirer
Sans les yeux, à présent
Au présent
Rien n’importe
Que le pain, le couteau, la main
Et le vent tiède
Sous le front des chênes

Sibylle Bolli, une pèlerine confinée, qui, posant son regard sur un caillou et une tranche de pain, se souvient… Avril 2020

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